Cher Secrétaire d’étatJohn Kerry: Encourager le Gouvernement de Mauritanie à Mettre en Pratique ses Lois Anti-esclavage | Freedom House

Cher Secrétaire d’étatJohn Kerry: Encourager le Gouvernement de Mauritanie à Mettre en Pratique ses Lois Anti-esclavage

A l’Honorable John F. Kerry 
Secrétaire d’Etat 
2201 C Street, NW 
Washington, DC 20520

Cher Monsieur le Secrétaire d’état,

Nous sommes profondément préoccupés par la décision du tribunal du 20 août en Mauritanie qui a confirmé la peine de deux ans de prison pour les militants anti-esclavagistes Biram Dah Abeid (qui a reçu le Prix des Droits Humains des Nations Unies en 2013), Brahim Bilal et Djiby Sow. Le gouvernement mauritanien a manifesté un mépris total de la loi et des droits humains fondamentaux en emprisonnant des défenseurs des droits humains dans l’exercice  de leur droit à la liberté d’association et d’expression et en contournant le procès judiciaire en appel.

Lorsqu’ils ont été arrêtés en novembre 2014, Abeid, Bilal et Sow représentaient des organisations des droits de l’homme en menant une « caravane » pacifique de sensibilisation le long du fleuve Sénégal – vu que l’obstacle majeur à la lutte contre l’esclavage en Mauritanie est l’absence de prise de conscience du problème. Le 15 janvier 2015, le gouvernement mauritanien a condamné Abeid, Bilal et Sow à deux ans de prison pour incitation à la rébellion et appartenance à une organisation « illégale ». Dans le but d’éloigner le soutien populaire pour les prisonniers et de rendre l’accès aux visites difficile aux familles et avocats, dans les 24 heures après avoir été condamnés, les trois militants ont arbitrairement été envoyés à la lointaine prison d’Aleg. A la lumière de ces événements, nous vous appelons à condamner publiquement cette injustice, à encourager le gouvernement de Mauritanie à mettre en pratique ses lois anti-esclavage et à sérieusement reconsidérer l’éligibilité de la Mauritanie à l’African Growth and Opportunity Act (AGOA).

Freedom House a relevé des situations de détérioration des droits humains dans son rapport annuel Freedom in the World. En 2009, la Mauritanie a été rétrogradée du statut de « Partiellement libre » à celui de « Pas libre », en conséquence de l’évincement militaire du président démocratiquement élu. Sous le Président Mohamed Ould Abdel Aziz, le pouvoir politique est fortement centralisé dans les mains de l’exécutif et l’étendue de l’esclavage n’a pas diminué. Selon l’index de Global Slavery, la Mauritanie détient le plus haut taux d’esclavage moderne dans le monde estimé à 4% de la population – bien que beaucoup d’organisations locales des droits de l’homme estiment le nombre proche des 20%.

L’organisation de Abeid, l’Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA), parmi d’autres, ont contribué en mettant la question de l’esclavage à l’avant plan, à rendre publics les abus et à mobiliser les citoyens mauritaniens pour demander leurs droits fondamentaux. Depuis les arrestations de novembre, les ressources de l’organisation ont été canalisées dans des procédures légales et ainsi détournées de sa mission fondamentale pour éliminer l’esclavage en Mauritanie.

Nous demandons aux Etats-Unis de condamner publiquement la décision de la cour d’appel d’Aleg contre Abeid, Bilal et Sow.  Les Etats-Unis fournissent plus de 40 millions de dollars en assistance pour la sécurité en Mauritanie.  Cette aide offre un montant significatif de moyens pour engager le gouvernement mauritanien sur les questions des droits humains. De plus, comme vous l’avez souligné dans vos remarques au Sommet pour contenir la violence extrémiste cette année, les groupes de la société civile et les défenseurs des droits humains comme Abeid, Bilal et Sow sont essentiels dans la lutte contre l’extrémisme violent car ils encouragent l’inclusion sociale et politique, réduisant ainsi l’appel des groupes extrémistes.

Les Etats-Unis devraient faire pression sur le gouvernement mauritanien pour qu’il mette en pratique ses lois anti-esclavage. Nous avons accueilli positivement la promulgation de lois plus dures contre l’esclavage au début de ce mois, spécialement les dispositions qui permettent aux organisations à but non lucratif de déposer plainte au nom de victimes ; cependant l’engagement du gouvernement mauritanien pour mettre en œuvre ces lois reste en doute. Depuis que la Mauritanie a criminalisé l’esclavage en 2007,  le gouvernement n’a pas fourni les ressources adéquates pour le tribunal spécial chargé des poursuites relatives à l’esclavage – ainsi que stipulé dans le rapport récent rédigé par le Rapporteur Spécial des Nations Unies sur les formes contemporaines de l’esclavage – et un seul inculpé a été soumis à la justice. Affaiblir les organisations locales des droits de l’homme rendra aussi la mise en vigueur des lois anti-esclavage moins probable.

Enfin les Etats-Unis devraient reconsidérer l’éligibilité de la Mauritanie à l’AGOA sur base des droits humains.  Lors de la prochaine session de l’AGOA sur l’éligibilité de la Mauritanie, le Bureau du Représentant des Etats-Unis pour le Commerce devrait consulter les organisations des droits de l’homme mauritaniennes concernant les restrictions aux droits politiques et aux libertés civiles de même que les tendances sur l’incidence de l’esclavage qui existe dans le pays.

En tant qu’un des plus proche alliés et partenaires clés dans la lutte contre le terrorisme, les Etats-Unis sont en position de force pour encourager le gouvernement du Président Aziz à stopper la persécution des militants anti-esclavagistes et à remplir sa promesse et ses propres engagements pour mettre un terme à l’esclavage. Ces efforts contribueraient à rendre la Mauritanie plus pluraliste et résistante et à diminuer le terrorisme et l’instabilité.


Mark P. Lagon
President de Freedom House

Co-signatories:

The Abolition Institute
Action by Christians for the Abolition of Torture 
Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme 
Anti-Slavery International
Article 19
Association des Femmes Chefs de Famille
Free the Slaves
Human Rights First
IRA – Mauritanie
IRA – USA
Robert F. Kennedy Human Rights
SOS-Esclaves
Unrepresentend Nations & Peoples Organization 
Vivere