Press release

NOUVEAU RAPPORT: Les manipulations électorales et les conflits armés à l’origine d’un recul de la liberté pour la 18e année consécutive

La 51e édition du rapport Freedom in the World sur la liberté dans le monde révèle que seuls 21 pays ont enregistré des améliorations en 2023, tandis que 52 ont connu une régression.

WASHINGTON En 2023, la liberté à l’échelle mondiale a décliné pour la 18e année consécutive du fait d’une dégradation des droits politiques et des libertés civiles dans 52 pays, où vit un cinquième de la population mondiale, selon un nouveau rapport publié aujourd’hui par Freedom House. Ces reculs à la fois marqués et généralisés ont éclipsé les avancées observées dans 21 autres pays.

Ce rapport, intitulé Liberté dans le monde 2024 : Les ravages grandissants des irrégularités électorales et des conflits armés (en anglais), constate que les manipulations électorales, la guerre et les atteintes au pluralisme, c’est-à-dire à la coexistence pacifique d’individus qui ne partagent pas les mêmes idées politiques, la même religion ou la même identité ethnique, jouent un rôle majeur dans cette tendance mondiale. Près de 38 % des habitants de la planète vivent désormais dans des pays classés «non libres», 42 % dans des pays «partiellement libres», et à peine 20 % dans des pays considérés comme «libres».

«La liberté dans le monde a accusé un déclin prononcé en 2023», déplore Michael J. Abramowitz, président de Freedom House. «Une autre épreuve décisive nous attend en 2024, car des milliards de personnes sont appelées aux urnes et de nombreux conflits armés persistent à enfreindre les droits élémentaires des populations, notamment dans le Sahel, en Europe de l’Est, dans le Caucase du Sud et au Moyen-Orient. Si les démocraties ne relèvent pas ces défis, une proportion encore plus grande de la population mondiale sera privée de ses libertés fondamentales dans les années à venir, ce qui, à terme, sera préjudiciable à la paix, à la prospérité, à la sécurité et à la liberté de toutes et tous. Cependant, face à ces formidables obstacles, des hommes et des femmes confrontés à toutes sortes d’environnements politiques continuent de lutter pour défendre leurs droits et leur dignité, une dynamique porteuse d’espoir même dans les périodes de découragement.»

Les principaux constats du rapport sont les suivants :

  • La généralisation des problèmes entourant les élections, notamment la violence et la manipulation, a entraîné une détérioration des droits et des libertés. Dans des pays comme le Cambodge, le Guatemala, la Pologne, la Turquie et le Zimbabwe, les élus sortants se sont efforcés de contrôler la concurrence électorale, de barrer la route à leurs opposants politiques ou de les empêcher de prendre le pouvoir une fois l’élection passée. Ces tentatives ont échoué à bloquer un changement de gouvernement au Guatemala et en Pologne.
  • Les conflits armés et les menaces d’agressions autoritaires ont rendu le monde moins sûr et moins démocratique. Dans le monde entier, des conflits sanglants, souvent provoqués par des agressions autoritaires, ont semé la mort et la destruction et mis en péril la liberté. L’invasion massive de l’Ukraine par le Kremlin s’est poursuivie pour une deuxième année, bafouant encore davantage les droits fondamentaux dans les zones occupées et donnant lieu à une intensification de la répression à l’intérieur même des frontières de la Russie. Les populations ont été les premières victimes d’une guerre civile née du coup d’État militaire de 2021 au Myanmar, mais également des violents combats opposant des factions militaires et paramilitaires rivales au Soudan.
  • La disparition des droits politiques et des libertés civiles dans les territoires contestés a mis à mal la liberté dans les pays concernés, y compris dans certaines démocraties. Dans ces territoires, la répression est essentiellement exercée par des régimes autocratiques, mais les gouvernements démocratiquement élus d’Israël et de l’Inde se sont rendus complices de violations des droits fondamentaux, respectivement en Cisjordanie ainsi que dans la bande de Gaza et au Cachemire sous administration indienne.
  • Le Haut-Karabakh enregistre la plus forte baisse de score. Le territoire a perdu au total 40 points (sur l’échelle de 100 points utilisée par le rapport) après l’exode forcé de la quasi-totalité des 120000 Arméniens qui y résidaient, sous la pression intense de l’armée de l’Azerbaïdjan. Vient ensuite le Niger, qui a perdu 18 points en raison d’un coup d’État militaire qui a renversé le gouvernement démocratiquement élu en juillet. Les autres reculs marqués de l’année concernent la Tunisie (−5 points), le Pérou (−4 points) et le Soudan (−4 points). Un pays et un territoire ont vu leur statut de liberté rétrograder : l’Équateur est passé de «libre» à «partiellement libre», et le Haut-Karabakh, de «partiellement libre» à «non libre».
  • Les Fidji affichent l’amélioration de score la plus sensible. Le pays a gagné au total sept points sur l’échelle de 100 points utilisée dans le cadre du rapport. Il est suivi par la Thaïlande, qui augmente son score de six points grâce à des élections plus concurrentielles qui ont donné lieu à d’éclatantes victoires de l’opposition au Parlement, même si des forces non élues ont empêché le principal parti d’opposition de participer au gouvernement. Les autres avancées majeures de cette année sont enregistrées par le Libéria (+4 points) et le Népal (+4 points). Un pays a vu son statut de liberté réévalué à la hausse : la Thaïlande, jusque-là classée parmi les pays «non libres», est désormais «partiellement libre».

«Cette année sera une année charnière pour les sociétés démocratiques et les efforts qu’elles déploient pour promouvoir la cause de la liberté à travers le monde», affirme Yana Gorokhovskaia, co-autrice du rapport et directrice de recherche en stratégie et conception à Freedom House. «Nous devons faire valoir les droits des personnes qui vivent dans des territoires contestés, renforcer les garde-fous pour garantir des élections libres et régulières et réagir rapidement lorsque des dirigeants antidémocratiques tentent de renverser un gouvernement élu, entre autres démarches à accomplir systématiquement pour enrayer le déclin au niveau mondial.»

Le rapport met en lumière un certain nombre de mesures que les gouvernements démocratiques peuvent prendre pour protéger et élargir les droits politiques et les libertés civiles. Il formule les recommandations suivantes :

  • Apporter un appui continu et des financements flexibles à celles et ceux qui sont en première ligne de la lutte contre la tyrannie. Les gouvernements démocratiques et les donateurs doivent accroître et pérenniser leur soutien en faveur des militants qui œuvrent à la défense et à la promotion des libertés fondamentales dans le monde entier, pour ne pas laisser les autocrates s’enhardir et réduire à néant des avancées obtenues au prix de grands sacrifices.
  • Faire respecter les droits des populations des territoires contestés. Les événements survenus l’année dernière dans des endroits comme le Haut-Karabakh et la bande de Gaza ont démontré de façon criante que les populations ne disposant pas du droit à l’autodétermination sont plus exposées aux violations extrêmes des droits humains et aux atrocités.
  • Garantir des élections libres et régulières en 2024. Au moins 40 pays (qui rassemblent plus de deux cinquièmes de la population mondiale) organisent des élections nationales en 2024, sans compter les autres types de scrutins qui se préparent dans de nombreux pays supplémentaires. Les élections libres et régulières sont le pilier d’une démocratie, et des processus électoraux indépendants et transparents sont nécessaires pour favoriser une vraie concurrence et gagner la confiance des citoyens.
  • Réagir systématiquement aux tentatives de renversement des gouvernements dûment élus. En ne dénonçant pas fermement et en toutes circonstances les coups d’État et tentatives de coup d’État, la communauté internationale normalise ces actes illégitimes et encourage leur prolifération.
  • Protéger les militants des droits humains en exil et faciliter leur travail. Les militants préfèrent travailler dans leur pays d’origine, mais sont de plus en plus souvent la cible de harcèlement judiciaire, de violentes persécutions politiques, de torture et d’arrestations de la part de leur gouvernement. En conséquence, beaucoup doivent fuir à l’étranger. Les gouvernements démocratiques devraient les accueillir, le cas échéant, pour leur permettre de poursuivre leurs précieux efforts dans la lutte contre l’autoritarisme.

Vous pouvez retrouver ici l’ensemble des recommandations du rapport (en anglais).

Le rapport Freedom in the World présente les scores de 195 pays et 15 territoires du monde entier concernant les droits politiques et les libertés civiles, ainsi qu’un compte rendu détaillé pour chaque pays. La 51e édition de ce rapport annuel porte sur les évolutions survenues en 2023 et propose une brève analyse des tendances à long terme. La méthodologie utilisée dans le cadre du rapport s’inspire en grande partie de la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1948.

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Si vous souhaitez organiser une interview avec les experts de Freedom House, veuillez contacter Maryam Iftikhar à l’adresse suivante : [email protected].


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